Face au changement climatique, Bruno fait évoluer sa forêt vers plus de diversité
De la monoculture de douglas à la forêt jardinée, Bruno partage son expérience et ses réflexions pour préserver la résilience de ses parcelles face aux sécheresses et favoriser une forêt plus diversifiée.
Je m'occupe d'une forêt qui appartenait à ma femme depuis une trentaine d'années. Elle est constituée de plusieurs parcelles et est localisée dans le Beaujolais, à presque 700 m d'altitude, sur des sols très rocheux.
Une parcelle est en bois naturel, mais difficilement exploitable à cause de la pente et d'une route qui passe en dessous il n'y a pas eu de coupe depuis au moins 80 ans.
La deuxième parcelle, d'un hectare aussi, a été abattue complètement par la tempête de 1998. Nous avions sorti les bois de sapin et de douglas pour s'en servir et avons laissé repousser naturellement des douglas et sapins et autre feuillus, et il y a quatre ans une coopérative est venue éclaircir et élaguer les arbres gardés à 2 m. Cette parcelle s'est reboisée avec quelques trous finalement peu importants et sans frais de replantation, les arbres mûrs qui étaient dessus avaient semé beaucoup de graines.
La troisième partie est plantée en douglas depuis 1977, la plantation et les différents travaux ont été suivis par la coopérative. La parcelle a été décloisonnée et une troisième coupe vient d'avoir lieu en vingt ans pour éclaircir. Mon idée est maintenant d'amener assez de lumière au sol pour que d'autres essences puissent pousser au milieu des douglas, pour aller progressivement vers de la forêt jardinée.
Cette forêt a été plantée en 1976 par mon beau-père et suite à la sécheresse, il y a eu une replantation l'année suivante. Les premiers éclaircies et lagunages à 2 mètres n'ont été faits qu'en 1996, suivi de trois éclaircies depuis qui ont rapportées des ventes de bois d'œuvre.
Ma pratique a beaucoup changé depuis la découverte de la culture en forêt jardinée, où on ne met plus le sol à nu.
Ma grande préoccupation pour ces forêts est l'état de sècheresse de cette année 2026 qui continue et donc le risque de départ de feu qui n'a jamais été aussi important. L'année passée, j'ai fait couper une quarantaine d'arbres qui avaient déjà séché les années précédentes, donc je me demande si les douglas vont pouvoir résister à de telles conditions hydriques.
Et cette année, ce sont les feuillus qui me semblent le plus souffrir. A la mi-septembre, la forêt de feuillus ressemble à ce qu'elle est en début d'hiver.
Ma pratique a beaucoup changé depuis la découverte de la culture en forêt jardinée, où on ne met plus le sol à nu. Je pense que la monoculture intensive est un gros risque sur plus long terme (acidification des sols, perte de diversité) sur mes terrains, il n'y a pas grand-chose de visible pour le moment sauf pour la deuxième parcelle qui a bien démarré sans intervention lourde comme du sous-solage et je pense que le sol n'a pas été tassé, ce qui a permis d'avoir tout de suite une diversité (châtaigniers, merisiers, chênes) que l'on n'a pas dans les autres parcelles.
Ce sont surtout des petites rencontres et des formations avec le CRPF et la coopérative COFORET qui m'ont permis de voir concrètement ce que d'autres avaient déjà essayés, et aussi par les documents qu'ils éditent.
Quand on me demande un conseil sur la forêt, je pousse les gens à prendre contact avec le CRPF, ou si c'est pour effectuer des travaux, vers une coopérative comme COFORET qui peut gérer toute la chaîne, sinon un particulier peut difficilement appréhender la vente d'un lot de bois, c'est donc financièrement aussi important de se regrouper.
