Gérer sa forêt dans le temps long : un engagement familial et patrimonial dans le Haut-Jura

Gérer sa forêt dans le temps long : un engagement familial et patrimonial dans le Haut-Jura

C’est un défi à la fois technique et intellectuel : comprendre la dynamique naturelle et accompagner la forêt plutôt que d’aller contre elle.

Je suis propriétaire de forêt dans une région très boisée et agricole, le Haut-Jura. Je possède environ 46 hectares mais mes forêts sont composées de 55 parcelles, réparties dans cinq communes différentes. Je suis représentatif de beaucoup de propriétaires de forêt… Mes forêts sont fortement morcelées, très éparpillées (résultats de nombreuses successions principalement et parfois d'acquisition) et avec des superficies qui vont de plus de 10 hectares d'un seul tenant à .... 20 ares ! Ma passion pour la forêt me vient de mon père, issu du monde paysan, qui m’a transmis son savoir et son attachement aux bois. Aujourd’hui installé en région parisienne, je conserve un lien fort avec mon territoire et pilote ma forêt à distance.

Mes parcelles présentent des situations variées : futaies jardinées et mélangées, pour l'essentiel, et parfois des plantations, qui sont en fait d'anciens prés bois exploités sur le plan agricole par le passé. Cette diversité m’amène à réfléchir à l’évolution de chaque peuplement et à la manière de transformer certaines plantations en forêts plus diversifiées. C’est un défi à la fois technique et intellectuel : comprendre la dynamique naturelle et accompagner la forêt plutôt que d’aller contre elle.

Je privilégie la futaie jardinée en mélange, avec des arbres d’âges, d'essences et de dimensions différents, et procède à des prélèvements pied par pied plutôt que par des coupes rases. La diversité des essences me paraît essentielle pour mieux répartir les risques climatiques, sanitaires et économiques. Je reste toutefois conscient que chaque forêt doit être gérée selon son état initial. Je conserve la maîtrise de mes choix, mais je délègue les travaux techniques, notamment l’abattage et le débardage, et je m’appuie sur des professionnels pour le conseil et le marquage. Adhérent d’une coopérative forestière, je confronte mes pratiques à d’autres regards. Il faut savoir rester humble : lorsqu’on intervient sur un arbre parfois âgé de 150 ans, on ne doit pas se tromper et agir avec respect.

La forêt est un investissement de long terme, pas vraiment rentable mais fiscalement intéressante. Je l’intègre à une stratégie patrimoniale diversifiée, avec la volonté de préserver et de transmettre ce que j’ai reçu et acquis. Les dispositifs fiscaux spécifiques à la propriété forestière peuvent faciliter cette transmission, sous certaines conditions. On peut quand même donner tous les 15 ans la somme de 100 000 € à chacun de ses enfants, cette règle fiscale française est méconnue et sous utilisée.

Gérer ma forêt demande du temps : je consacre près de deux mois par an à mes bois, en concentrant les travaux sur les périodes favorables. Je réalise moi-même certains entretiens, tout en sollicitant des compétences extérieures lorsque les enjeux techniques le nécessitent.

Anonyme

La répétition des sécheresses et l'absence d'hiver rigoureux, depuis maintenant quelques années, accentuent les dépérissements des essences, notamment des épicéas, favorisant ainsi un développement hors de contrôle des scolytes qui fragilisent aujourd’hui l'ensemble de nos forêts du Haut-Jura. Je m’interroge sur les conséquences de certaines coupes sanitaires, notamment lorsqu’elles mettent à nu des parcelles et affectent les parcelles voisines. Mais aussi de la position de certains acteurs professionnels du bois qui profitent de la non-connaissance des propriétaires de forêts et/ou de leur éloignement géographique. Ce n’est plus de la gestion, mais de la prédation et après le passage de l’abatteuse la parcelle de forêt est dévastée avec des tranchées comme en 14-18, suite au passage des engins ! Il faut toujours être prudent par rapport aux conseils qu’on peut recevoir, certains peuvent être orientés, être court-termistes et finalement aller contre vos intérêts patrimoniaux …

Je souhaite poursuivre une gestion diversifiée, attentive aux sols, aux peuplements et au patrimoine naturel local, mais aussi à la biodiversité comme pour le grand tétras.

Je souhaite transmettre à mes enfants non seulement des parcelles, mais une forêt vivante et une manière de la gérer avec discernement. L’enjeu n’est pas seulement ce qu’elle rapporte aujourd’hui, mais ce qu’elle pourra offrir aux générations futures.